ARTS - Art pour l'agroécologie

04 · Création collective DyTAEL Bignona × Ka-Reng × ARTS

Terre de toutes les convoitises

Le récit d'une pièce de théâtre forum construite pas à pas, du séminaire de prospective à l'avant-première au lycée agricole, pour porter en scène les enjeux du foncier en Casamance.

Au cœur d'une organisation citoyenne nommée la DyTAEL à Bignona (Sénégal), un groupe amateur s'empare de l'outil théâtre pour réveiller les consciences contre l'accaparement des terres et défendre la vision d'une agroécologie paysanne.

Contrairement au courant du « théâtre pour le développement » (TfD) classique, cette pièce ne fait pas l'objet d'une commande institutionnelle, mais d'une initiative communautaire portée par la DyTAEL et accompagnée par ARTS - élaborée pas à pas, en co-production souveraine.

Le théâtre est avant tout un art de la parole, qui s'articule au croisement des tabous (le ñenye en Joola Kassa), de propos progressistes, de franchise et de respect des traditions orales. C'est aussi l'art qui horizontalise les expertises proclamées : qu'on soit scientifique, paysan, entrepreneur, politicienne, agronome, de Casamance ou de l'étranger, chacun·e prend part à la peinture du réel.

Pourquoi le théâtre

Huit principes directeurs

La méthode théâtrale n'est pas un simple outil de sensibilisation : elle pose des règles de jeu - sur la parole, le corps, le silence, la fiction - qui ouvrent un espace politique d'expression rarement disponible ailleurs. Voici ce qui guide chacun de nos ateliers.

  1. Gnie-gnie et parole franche

    Le théâtre est un art de la parole qui s'articule au croisement des tabous (le ñenye en Joola Kassa), de propos progressistes, de franchise et de respect des traditions orales.

  2. Dénoncer

    Contrairement aux prises de paroles publiques officielles, le théâtre peut dénoncer avec humour un comportement reçu ailleurs comme une attaque : c'est l'atout de la distanciation permise par le rôle fictif et les costumes.

  3. Changer de place

    Jouer un autre rôle que le sien - c'est le principe de la catharsis. La scène émancipe car elle permet d'essayer d'autres rôles que celui auquel on est assigné dans le quotidien, et donc d'autres pouvoirs d'agir.

  4. Ne pas tout dire

    L'art du théâtre repose aussi sur le non-dit, sur ce qu'on fait deviner. Au théâtre, le silence est aussi important que le verbe : il arbitre entre la parole savante, la parole quotidienne et le silence qui parle.

  5. Parole du corps

    Le théâtre est avant tout un art corporel. Le regard, les émotions sur le visage, les déplacements, les interactions : le corps est une langue à part entière. C'est ce qui permet au théâtre de toucher des publics non locuteurs de la langue de jeu.

  6. Ne pas imposer, porter au regard

    Le théâtre ne prétend pas donner des leçons mais il pose une problématique avec force - c'est un tribunal en soi. En portant la scène à son acmé, il déclenche chez le public le besoin de s'engager pour faire justice à un problème.

  7. Complexifier

    À partir des témoignages, composer un scénario signifiant : assez subtil pour être réaliste, assez englobant pour traiter plusieurs thèmes. Ce n'est pas du quantitatif mais du qualitatif, avec des jeux d'échelles spatio-temporelles cadrés pour l'action concrète.

  8. Promouvoir les langages artistiques locaux

    Créatif et sensible, le théâtre fait une place aux autres arts présents dans la culture - le chant, la danse, les rituels agricoles - et porte les langues du jeu (Diola, Wolof, Français) comme une force communautaire et souveraine.

En vidéo

Une pièce en gestation

Reportage de 14 minutes sur la création collective à Baïla. La caméra suit la troupe naissante de la DyTAEL Bignona - moments d'improvisation, témoignages des comédien·nes amateur·rices, séances de travail avec la compagnie Ka-Reng, soirées autour du feu qui nourrissent la pièce autant que les répétitions formelles.

La méthode

Cinq étapes pour faire pièce

  1. 01

    8 au 10 octobre 2024

    Mairie de Bignona

    Co-construire une méthode entre théâtre, science et société

    Qui

    65 personnes - DyTAEL + cie Ka-Reng + consortium ARTS

    Pourquoi

    Une journée de théâtre au sein d'un programme de 3 jours de prospective territoriale animé par IPAR

    • · Le théâtre fait irruption là où il n'est pas attendu : on pousse les chaises, on éteint le power point, on se met debout
    • · Jeux collectifs d'horizontalisation des rapports et de mise en place des langages corporels (tour de nom avec geste, respiration, échauffements, jeux d'affrontement)
    • · 5 groupes constitués, chacun avec un thème : semences paysannes, foncier, feux de brousse, divagation animale, pratiques de pêche
    • · Consigne : situation initiale + conflit + résolution. Trois groupes jouent le sketch entier, deux s'arrêtent au conflit pour ouvrir au forum
    • · Restitution publique de 5 saynètes de 10 à 25 minutes - la quasi-totalité jouée en Diola, ponctuée de Wolof et de Français
    • · Renversement d'expertise : un chercheur ARTS frustré de ne pas comprendre, un participant lui répond « on va t'expliquer »
    • · Cercle de parole final : 3 femmes prennent la parole avec vigueur sur l'accaparement des terres et la complicité masculine dans les ventes
    • · Effet d'entraînement : le 10 octobre, chaque sous-groupe de la prospective cite des exemples tirés du théâtre de la veille
  2. 02

    29-30 janvier 2025

    Mairie de Bignona

    Création de la troupe DyTAEL et choix du thème

    Qui

    50 personnes - DyTAEL + Ka-Reng + ARTS

    Pourquoi

    Constitution d'une troupe amateur de théâtre par les membres de la DyTAEL

    • · Session greffée à un atelier de prospective des systèmes alimentaires mené par IPAR - le théâtre prolonge la démarche scientifique
    • · 12 personnes volontaires forment la troupe - 8 hommes, 3 femmes, profils variés (jeunes installé·es, retraité·es, maraîcher·es, éleveur·ses)
    • · 25 % de femmes dans la troupe (vs 13 % dans l'assemblée DyTAEL complète)
    • · Engagement notable des femmes malgré les tâches productives et reproductives qui leur reviennent et la pression sociale qui leur refuse parfois l'action publique
    • · Choix collectif du thème : « Le Foncier » - point central de la transition agroécologique et actualité brûlante en Basse Casamance (exode rural + intérêts d'investisseurs étrangers)
  3. 03

    3, 4, 5 mars 2025

    Baïla - résidence en campement

    Résidence artistique à Baïla

    Qui

    17 personnes - troupe DyTAEL (12) + Insa Bodian & Lansana Sacouboté (Ka-Reng) + Lise Landrin, Yunuça Gueye, Selbé Faye & Ousmane Pape Diallo (ARTS) + le conteur François Ménager

    Pourquoi

    Création collective de la pièce sur le foncier

    • · Format résidence - 3 jours dégagé·es des responsabilités quotidiennes, en plein Ramadan, horaires ajustés et séance tardive après la rupture du jeûne
    • · Une méthode de création collective - actrices et acteurs sont en même temps interprètes, metteur·ses en scène et expert·es du foncier par leur vécu (Diol et al., 2022)
    • · Écriture de plateau - pas de texte préalable ; le texte s'écrit « en corps » sur la scène, oralement, majoritairement en Diola avec passages en Wolof et Français
    • · 13 improvisations jouées le jour 1 pour épuiser le thème du foncier - chacun·e propose au moins une scène
    • · Pivots narratifs : deux femmes témoignent au cercle de parole - « pas de mari, pas de terre » et l'épisode de Thionk Essyl, censurées au nom du « ce ne sont pas des affaires de femmes »
    • · Soirée autour du feu - contes, chants, danses, talents personnels : la sociabilité informelle nourrit la création autant que les répétitions
    • · Construction sensible des personnages - photo-élicitation, portraits, jeux d'imaginaire pour installer la distanciation entre vie réelle et rôle
    • · Pièce de 22 minutes structurée à la fin de la résidence ; le collectif décline déjà une invitation extérieure pour montrer la pièce d'abord à la DyTAEL
  4. 04

    11-12 avril 2025

    Maison de l'innovation, Bignona

    Restitution à la DyTAEL

    Qui

    40 personnes - troupe + DyTAEL Bignona + Ka-Reng + ARTS

    Pourquoi

    Présentation à la communauté DyTAEL et intégration des retours scientifiques et citoyens

    • · Restitution intermédiaire pour intégrer les résultats scientifiques de la prospective IPAR et les avis du collectif élargi
    • · Pièce très bien reçue - rires et réactions en direct (« c'est magnifique », « c'est bien ça »)
    • · Validation par Sidy Tounkara (IPAR) : urbanisation, exode, relève agricole, conflits agriculteurs/éleveurs, divagation, accès des femmes, accaparement - « tout ça est là »
    • · Le Doyen Aziz recommande chants, danses et costumes - « des médiums qui touchent le cœur des humains »
    • · Importance des costumes soulignée pour les sorties hors département - soigner l'image de la DyTAEL en tournée
    • · Ajout d'un personnage : « une jeune diplômée du lycée agricole » pour parler directement au public lycéen du lendemain
    • · Le 12 avril : 3 filages complets pour intégrer toutes les remarques (plus d'agroécologie, plus de culture locale, plus de réalisme) avant l'avant-première
  5. 05

    13-14 avril 2025

    Lycée Agricole de Bignona

    Avant-première publique au lycée agricole

    Qui

    75 personnes - troupe DyTAEL + troupe des femmes de Mlomp + Ka-Reng + ARTS + public lycéen

    Pourquoi

    Première représentation publique en théâtre forum, rencontre avec la troupe de Mlomp

    • · Choix stratégique du lycée agricole : transmettre un regard de l'intérieur sur le métier de paysan·ne et inspirer la relève
    • · 45 élèves + 25 adultes (le proviseur du lycée est membre de la DyTAEL)
    • · Coulisses : danse, chant, costumes - livrer une pièce est une fête
    • · Pas de trou de mémoire, jeu galvanisé par les rires du public - 25 minutes de jeu fluide
    • · Forum en deux temps : tribunal des personnages (à l'ombre / au centre / au soleil brûlant) puis interventions sur scène par le public
    • · Joute argumentaire mémorable autour d'Aliou le « diola cravate » : « il accompagne ses copains » contre « c'est un faignant, un city boy »
    • · Trois femmes lycéennes puis deux hommes montent sur scène pour proposer une alternative - le public renvoie l'élève « au paradis directement »
    • · Un autre élève monte sur scène pour faire un discours coup de poing en faveur de l'agroécologie
    • · La troupe des femmes de Mlomp joue ensuite « Sembé Agnil Anaré Yentham » (le combat des femmes pour la terre, 1h)
    • · Première sortie hors village pour la troupe de Mlomp : deux compagnies de basse-Casamance se rencontrent autour du foncier

Celles et ceux qui ont fait pièce

La troupe et ses passeur·ses

Une troupe paysanne de la DyTAEL Bignona, accompagnée par la compagnie Ka-Reng (Ziguinchor) et l'équipe ARTS - chercheuses, conteur, caméraman. La pièce n'est pas signée par une seule plume : elle est portée collectivement, en plusieurs langues, sur plusieurs scènes.

12 comédien·nes - 3 femmes, 8 hommes

25 % de femmes dans la troupe, contre 13 % dans l'assemblée DyTAEL complète

Le rapport mentionne 12 personnes - 8 hommes, 3 femmes - soit 25 % de femmes dans la troupe, contre 13 % dans l'assemblée DyTAEL complète. La liste nominative complète sera publiée après validation par la DyTAEL.

Comédien·nes identifié·es

  • Dev Sagna

    Comédien - paysan, DyTAEL Bignona

  • Bintou Badji

    Comédienne - DyTAEL Bignona

  • Djibril

    Comédien - sénior, DyTAEL Bignona

Animateur·ices et méthode

  • Insa Bodian

    Compagnie Ka-Reng (Ziguinchor)

    Directeur artistique - animation des ateliers et du forum

  • Lansana Sacouboté

    Compagnie Ka-Reng

    Animation des ateliers de la résidence

  • Adja Dienaba Coly

    Compagnie Ka-Reng

    Animation de la journée d'octobre 2024

  • François Coly

    Compagnie Ka-Reng

    Animation de la journée d'octobre 2024

  • Ibrahima Fayinké

    Compagnie Ka-Reng

    Animation de la journée d'octobre 2024

  • Lise Landrin

    ARTS - Université de Berne (GIUB)

    Méthode de recherche-création théâtrale, rédaction du rapport

  • François Ménager

    Conteur indépendant

    Présent à la résidence de Baïla - soirée contes

Crédits du rapport

Rédaction du rapport
Lise Landrin
Suivi scientifique
Patrick Bottazzi · Joan Bastide
Coordination des activités
Yunuça Gueye · Selbé Faye · Chérif Sambou Bodian · Jean-Michel Sene
Méthode de recherche-création
Lise Landrin · Insa Bodian
Animation des ateliers
Insa Bodian · Lansana Sacouboté · Adja Dienaba Coly · François Coly · Ibrahima Fayinké · Lise Landrin
Images et vidéo
Pape Ousmane Diallo
Garanties scientifiques et citoyennes
Collectif DyTAEL de Bignona

Étape 3 · Méthode

L'écriture de plateau

Une écriture sans écriture - le texte se fabrique en corps, sur la scène, dans l'improvisation.

L'écriture de plateau est une méthode d'écriture collective du scénario par la scène : à partir des improvisations, des échanges et des discussions. Aucun texte n'existe au préalable comme dans la dramaturgie classique. Les actrices et acteurs sont à la fois interprètes, metteur·ses en scène et créateur·ices.

Cette écriture en corps repose toujours sur des échauffements et des jeux pour développer l'expressivité, puis sur une série d'improvisations qui épuisent le thème de la manière la plus exhaustive possible. Elle sélectionne, enlève, additionne et recommence jusqu'à trouver sa forme satisfaisante.

À la fin, chaque acteur·ice connaît son entrée et sa sortie de plateau mais reste libre dans les mots à dire sur scène. La pièce reste oralement transmise, jamais figée par l'écrit - ce qui la rend adaptable à chaque contexte.

Étape 3 · Jour 1

Les 13 improvisations

Pour épuiser le thème du foncier, la troupe a improvisé treize saynètes en une journée. Aucun texte préalable. Chacune dessine une facette d'un même réel : famille, genre, générations, autorités plurielles, corruption, retour à la terre, marché, écologie. C'est de la confrontation de ces saynètes que la pièce finale a émergé.

01 Improvisation

Foncier et mémoire collective

Deux hommes parlent du foncier et des accaparements, ils réaffirment le rôle critique de la DyTAEL à ce sujet.

  • accaparement
  • mission
  • communication
  • DyTAEL
02 Improvisation

Conflit de deux frères autour de l'usage de la terre

Un frère revient réclamer ses terres mais l'autre refuse. La terre appartient à celui ou celle qui l'entretient et non à une personne. Le chef du village tranche en faveur du frère qui a fait usage de la terre.

  • usage
  • propriété
  • chef du village
  • équité foncière
03 Improvisation

Jeunesse, projet, héritage

Un jeune homme revient de Dakar dans son village natal mais toutes les terres sont occupées par la famille. Il ne peut pas monter son projet d'agroécologie. Le vieux refuse de comprendre.

  • générations
  • projet
  • héritage
  • retour à la terre
04 Improvisation

Conflit d'usage et corruption

Un éleveur n'a plus où faire passer ses bêtes ; le paysan en a assez de voir ses champs mangés et empoisonne le bétail. Le chef coutumier tranche, mais il a été corrompu par l'éleveur.

  • conflit d'usage
  • corruption
  • pouvoir local
05 Improvisation

Femmes et accès stratégique à la terre

Trois femmes tentent d'obtenir une terre d'un mari riche possédant beaucoup de terres. Elles envisagent de le contourner légalement pour mener leur agriculture.

  • genre
  • stratégie
  • subversion
  • pouvoir patriarcal
06 Improvisation

Projet sous condition et contrôle masculin

Une veuve cherche une terre via ses beaux-frères pour mener un projet obtenu à la DyTAEL. Un homme vient la soutenir. La terre est prêtée sous condition et surveillance, pas attribuée.

  • genre
  • inégalités
  • accès à la terre
  • contrôle masculin
07 Improvisation

Double vente de terrain

Un homme vend la même terre à deux personnes et tente de fuir la situation. Chaos administratif.

  • fraude
  • conflits d'achat
  • formalisme administratif
08 Improvisation

Pêche et épuisement des ressources

Conflit sur la pêche illégale aux grands filets ; les femmes s'adressent aux pêcheurs aux filets illégaux. Quelle alternative ?

  • pêche
  • épuisement
  • justice
  • pouvoir économique
09 Improvisation

Procédure foncière et absurdité bureaucratique

Un jeune homme cherche à titulariser une terre mais ne sait pas comment faire. Le technicien DyTAEL lui détaille la procédure (longue et administrative).

  • administration
  • procédure
  • satire
10 Improvisation

L'arbre qui parle et la reconversion écologique

Des jeunes hommes veulent déboiser pour faire du charbon. L'arbre se met à parler - frayeur ! Une femme du village les convainc de se mettre à l'agroécologie.

  • agroécologie
  • humain/non-humain
  • femmes médiatrices
  • bois
11 Improvisation

Jakarta vs agriculture

Un fils veut se lancer dans le business des motos Jakarta. Les parents tentent en vain de l'éloigner. Discours pour le convaincre d'essayer l'agriculture ; il accepte de combiner les deux.

  • jeunesse
  • mobilité
  • exode rural
  • souveraineté économique
12 Improvisation

Bio vs conventionnel au marché

Deux vendeuses s'opposent au marché - bio vs conventionnel moins cher. Un homme achète conventionnel, revient déçu, repart vers le bio. Difficulté de plaidoyer en faveur du bio et de son prix.

  • alimentation
  • bio
  • prix
  • consommateur
13 Improvisation

Retour au village, conflit de légitimité

Des frères rentrent de Dakar et veulent que les terres soient réparties équitablement. Le frère resté à la ferme dit : « si vous voulez la terre, venez la travailler ». Illustration du « diola cravate ».

  • diaspora
  • famille
  • tension sociale
  • légitimité

Étape 5 · Forum théâtre

Le tribunal des personnages

Une technique du théâtre forum ouest-africain : le public juge chaque personnage en fin de représentation. Le 13 avril 2025 au lycée agricole de Bignona, 70 spectateur·rices ont rendu leurs verdicts. À votre tour.

Comment ça marche

Le théâtre forum s'ouvre sur le procès des personnages. Pour chaque rôle, le public décide : à l'ombre (positif), au centre (mitigé), ou au soleil brûlant (néfaste). Votez et comparez votre verdict à celui rendu par le public lycéen de Bignona en avril 2025.

  • 🌑 À l'ombre

    Comportement positif pour la société

  • ◐ Au centre

    Comportement mitigé, partagé

  • ☀ Au soleil brûlant

    A fait du mal à la société

Le chef de village corrompu

Tranche les conflits fonciers mais a été acheté par les investisseurs étrangers et les éleveurs riches.

Votre verdict

L'adjoint du chef

Couvre les actes du chef corrompu et participe au système.

Votre verdict

Le vieux couple conservateur

Refuse à la jeune femme l'accès à la terre au nom de la tradition. « Pas de mari, pas de terre. »

Votre verdict

La jeune femme veuve

Cherche une terre pour mener son projet agroécologique. Se heurte au système familial et patriarcal.

Votre verdict

Aliou, le « diola cravate »

Revient de Dakar pour récupérer ses terres familiales sans connaître le travail paysan. Opportuniste.

Votre verdict

La jeune diplômée du lycée agricole

Personnage ajouté à la dernière minute pour parler au public lycéen - incarne l'avenir de la transition.

Votre verdict

L'éleveur corrupteur

Manque de pâturage, contourne le chef coutumier par la corruption pour faire passer ses bêtes.

Votre verdict

La pièce sœur

Sembé Agnil Anaré Yentham

« Le combat des femmes pour la terre »

À Mlomp, le PROCASEF (Programme national de sécurisation foncière) enregistre des titres fonciers en 2025, alors que les droits coutumiers ont une gestion ancestrale différente. Les femmes, mises à l'écart du processus, ont monté une pièce dramatique pour adresser leurs questions au public : qui possède la terre ? Que se passera-t-il si on commence à vendre les terres ? Que deviennent les terres non déclarées en 2026 ? La nouvelle gestion respecte-t-elle le sacré de la terre ?

  • · Chants et danses traditionnelles des bois sacrés
  • · Costumes traditionnels intégrés à la mise en scène
  • · 17 femmes actrices, mise en scène collective
  • · Première sortie hors village au lycée de Bignona

Troupe · Troupe des femmes de Mlomp (Oussouye)

Durée · 1 heure de jeu dramatique

Première · 27 mars 2025 - Journée Mondiale du Théâtre

Soutiens

  • · Insa Bodian (Ka-Reng)
  • · CREATES
  • · Lise Landrin

Voix de la troupe

Témoignages

« Ce n'est pas grave, parce que j'ai foi dans le théâtre. »

Dev Sagna Comédien DyTAEL, paysan

« Je n'étais pas la meilleure, je ne suis pas la meilleure jusqu'à présent. Mais quand il y avait le choix des personnes qui devaient être dans cette troupe, j'étais dehors pour une interview, et la salle à l'unanimité avait donné mon nom. Par respect je devais répondre à leur appel. Je suis arrivée sans savoir où aller, ce qu'il fallait faire et comment. C'était comme un enfant qui apprend à marcher. »

Bintou Badji Comédienne DyTAEL

« Au début, je me suis dit : à ton âge ça fait passerie. Mais après je me suis dit, c'est pour la bonne cause. Puisqu'on s'est engagé pour un développement durable à travers l'agroécologie, why not. Ce sera ma modeste contribution pour que demain nos enfants et petits-enfants vivent dans un monde meilleur. »

Djibril Comédien DyTAEL, senior

« À travers le théâtre, on peut résoudre pas mal de problèmes et trouver des solutions. C'est un mécanisme pour écrire les choses qui bloquent : on sort de l'école et on monte sur scène. Aujourd'hui, tout le monde a eu à dire - et ce que chacun a dit a une importance. »

Insa Bodian Directeur artistique de Ka-Reng

« La question de l'urbanisation, des jeunes sans emploi, de l'exode rural et urbain, de la relève agricole, des conflits agriculteurs/éleveurs et de la divagation animale, mais aussi l'accès des femmes à la terre, le règlement communautaire des conflits, l'accaparement étranger et national avec complicité locale : tout ça est là. »

Sidy Tounkara Chercheur IPAR

« Je peux dire que ARTS est un bon projet, parce que savoir qu'il y a des gens qui se soucient de nous, de notre génération, c'est très important. Ça nous permet d'avoir confiance en nous, de se battre pour continuer. Quand on voit nos anciens qui nous boostent, ça nous donne envie. »

Une élève de Terminale S Lycée agricole de Bignona

« Il faudrait ajouter plus de danses et de chants : ce sont des médiums qui touchent le cœur des humains. Et c'est très important de soigner les costumes, car la pièce va prester en dehors du département. »

Doyen Aziz Membre de la DyTAEL Bignona

« C'est un sentiment de satisfaction. Depuis que nous avons créé la DyTAEL de Bignona, c'est aujourd'hui que nous avons commencé à indexer là où on veut aller. Avec le théâtre forum, nous aurons la chance de toucher le maximum de public, et ce public pourra nous aider à faire passer notre message. »

Bintou Badji Comédienne DyTAEL - après l'avant-première

« C'est ça qui est extraordinaire : on a réussi à sortir l'essentiel de tous les problèmes que nous vivons actuellement en Casamance et dans les pays sahéliens en général. On a pu prioriser les problèmes et c'est ces problèmes qu'on a essayé de traduire en une pièce de théâtre. »

Djibril Comédien DyTAEL - sur la pièce achevée

Perspectives

Une pièce qui essaime

La troupe DyTAEL de Bignona prépare la tournée régionale de « Terre de toutes les convoitises ». Les dates ci-dessous sont posées, d'autres sont en discussion. Le forum, lui, s'adapte à chaque public.

Pour aller plus loin

Bibliographie

Les références théoriques et empiriques qui ont nourri la démarche - du théâtre de l'opprimé d'Augusto Boal aux travaux de Lise Landrin sur le théâtre comme méthode géographique, en passant par l'agroécologie politique au Sénégal.

Suite

Au-delà de la scène

Au-delà du foncier, ce projet a permis de tisser des liens, de renforcer le collectif et d'ouvrir des pistes pour d'autres plaidoyers ancrés, sensibles, vivants. Les démarches incarnées, porteuses de récits et d'émotions, sont essentielles pour construire des imaginaires communs et engager des transformations durables.